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    法语小说阅读:Aldo le rimeur, by George Sand(2)[云南外语网]
    法语小说阅读:Aldo le rimeur, by George Sand(2)[云南外语网]
    更新时间:2008-3-6 23:56:00  点击数:682 保存本文

    Sous le nom agréable de sir John Bucentor Tickle; c'est dans votre intérêt que j'agirai ainsi et pour donner de la confiance au public. Si l'autorité de mon nom ne suffisait pas à nous assurer sa bienveillance, en cas de chute, nous réclamerions contre son injuste arrêt.
    ALDO.
    En lui livrant le nom du véritable auteur?
    TICKLE.
    C'est ainsi que cela se fait à la cour.
    ALDO.
    Et la cour fait bien! Monsieur, je vous prie maintenant de me laisser travailler au drame que vous me faites l'honneur de me demander.
    TICKLE.
    Puis-je compter sur votre parole, Monsieur?
    ALDO.
    Je m'en flatte.
    TICKLE.
    Un mot de traité sera nécessaire.
    ALDO.
    De tout mon coeur, j'en sais la rédaction. (Il écrit.) Voulez-vous signer maintenant? moi, je signe.
    TICKLE.
    Permettez-moi d'en prendre connaissance. (Il lit.) «Je m'engage, moi, Aldo de Malmor, dit le rimeur à la ville et le barde à la cour, à jeter par les fenêtres le très-illustre seigneur John Bucentor Tickle, nain et bouffon de la reine, la première fois qu'il franchira le seuil de ma maison. Fait double entre nous, etc.» Bravo! bravo! c'est la première scène du drame!
    ALDO.
    Non, c'est un dénoûment tout prêt et que je vous offre gratis.
    TICKLE.
    J'en suis trop reconnaissant; je cours le porter à la reine, qui en sera charmée. (Il saute en bas de la table et s'enfuit.) Tu me le paieras!
    ALDO.
    Tu me le paieras aussi, canaille, si tu retombes sous ma main.

    SCÈNE II.
    ALDO, seul.
    Un ennemi de plus! et c'est ainsi que je vis! Chaque jour m'amène un assassin ou un voleur. Misérables! vous me réduisez à l'aumône, mais vous n'aurez pas bon marché de ma fierté. Allons! ce fat m'a fait perdre une demi-heure, remettons-nous à l'ouvrage. La nuit s'avance; je ne serai plus dérangé. Tout est silencieux dans la ville et autour de moi. Dévorons cette nouvelle insulte; quand le brodequin est bon, le pied ne craint pas de se souiller en traversant la boue. Écrivons.
    [Illustration: Mon cher Monsieur, vous êtes poëte?... (Page 54 )]
    Travailler!... chanter! faire des vers! amuser le public! lui donner mon cerveau pour livre, mon coeur pour clavier, afin qu'il en joue à son aise, et qu'il le jette après l'avoir épuisé en disant: Voici un mauvais livre, voici un mauvais instrument. Écrire! écrire!... penser pour les autres... sentir pour les autres... abominable prostitution de l'âme! Oh! métier, métier, gagne-pain, servilité, humiliation!--Que faire?--Écrire? sur quoi?--Je n'ai rien dans le cerveau, tout est dans mon coeur!... et il faut que je te donne mon coeur à manger pour un morceau de pain, public grossier, bête féroce, amateur de tortures, buveur d'encre et de larmes!--Je n'ai dans l'âme que ma douleur; il faut que je te repaisse de ma douleur. Et tu en riras peut-être! Si mon luth mouillé et détendu par mes pleurs rend quelque son faible, tu diras que toutes mes cordes sont fausses, que je n'ai rien de vrai, que je ne sens pas mon mal... quand je sens la faim dévorer mes entrailles! la faim, la souffrance des loups! Et moi, homme d'intelligence et de réflexion, je n'ai même pas la gloire d'une plus noble souffrance!... Il faut que toutes les voix de l'âme se taisent devant le cri de l'estomac qui faiblit et qui brûle!--Si elles s'éveillent dans le délire de mes nuits déplorables, ces souffrances plus poignantes, mais plus grandes, ces souffrances dont je ne rougirais pas si je pouvais les garder pour moi seul, il faut que je les recueille sur un album comme des curiosités qui se peuvent mettre dans le commerce, et qu'un amateur peut acheter pour son cabinet. Il y a des boutiques où l'on vend des singes, des tortues, des squelettes d'homme et des peaux de serpent. L'âme d'un poète est une boutique où le public vient marchander toutes les formes du désespoir: celui-ci estime l'ambition déçue sous la forme d'une ode au dieu des vers; celui-là s'affectionne pour l'amour trompé, rimé en élégie; cet autre rit aux éclats d'une épigramme qui partit d'un sein rongé par la colère, d'une bouche amère de fiel. Pauvre poète! chacun prend une pièce de ton vêtement, une fibre de ton corps, une goutte de ton sang; et quand chacun a essayé ton vêtement à sa taille, éprouvé la force de tes nerfs, analysé la qualité de ton sang, il te jette à terre avec quelques pièces de monnaie pour dédommagement de ses insultes, et il s'en va, se préférant à toi dans la sincérité de ses pensées insolentes et stupides.--O gloire du poète, laurier, immortalité promise, sympathie flatteuse, haillons de royauté, jouets d'enfants! que vous cachez mal la nudité d'un mendiant couvert de plaies! Oh! méprisables! méprisables entre tous les hommes, ceux qui, pouvant vivre d'un autre travail que celui-là, se font poètes pour le public! Misérables comédiens qui pourriez jouer le rôle d'hommes, et qui montez sur un tréteau pour faire rire et pleurer les désoeuvrés! n'avez-vous pas la force de vivre en vous-mêmes, de souffrir sans qu'on vous plaigne, de prier sans qu'on vous regarde? Il vous faut un auditoire pour admirer vos puériles grandeurs, pour compatir à vos douleurs vulgaires! Celui qui est né fils de roi, d'histrion ou de bourreau suit forcément la vocation héréditaire; il accomplit sa triste et honteuse destinée. S'il en triomphe, s'il s'élève seulement au niveau des hommes ordinaires, qu'il soit loué et encouragé! Mais vous, grands seigneurs, hommes instruits, hommes robustes, vous avez la fortune pour vous rendre libres, la science pour vous occuper, des bras pour creuser la terre en cas de ruine; et vous vous faites écrivains! et vous nous livrez les facultés débauchées de votre intelligence, vous cherchez la puissance morale dans l'épanchement ignoble de la publicité! vous appelez la populace autour de vous, et vous vous mettez nus devant elle pour qu'elle vous juge, pour qu'elle vous examine et vous sache par coeur! Oh! lâche! si vous êtes difforme, et si, pour obtenir la compassion, vous vous livrez au mépris! lâche encore plus si vous êtes beau et si vous cherchez dans la foule l'approbation que vous ne devriez demander qu'à Dieu et à votre maîtresse.... C'est ce que je disais l'autre jour au duc de Buckingham qui me consultait sur ses vers.--Et il a tellement goûté mon avis qu'il m'a mis à la porte de chez lui, et m'a fait retirer la faible pension que m'accordait la reine en mémoire des services de mon père dans l'armée.... Aussi, maintenant plus que jamais, il faut rimer, pleurer, chanter ... vendre mi pensée, mon amour, ma haine, ma religion, ma bravoure et jusqu'à ma faim! Tout cela peut servir de matière au vers alexandrin et de sujet au poème et au drame. Venez, venez, corbeaux avides de mon sang! venez, vautours carnassiers! voici Aldo qui se meurt de fatigue, d'ennui, de besoin et de honte. Venez fouiller dans ses entrailles et savoir ce que l'homme peut souffrir: je vais vous l'apprendre, afin que vous me donniez de quoi dîner demain.... O misère! c'est-à-dire infamie!--(Il s'assied devant une table.) Ah! voici des stances à ma maîtresse!.... J'ai vendu trois guinées une romance sur la reine Titania; ceci vaut mieux, le public ne s'en apercevra guère... mais je puis le vendre trois guinées!... Le duc d'York m'a promis sa chaîne d'or si je lui faisais des vers pour sa maîtresse.... Oui, lady Mathilde est brune, mince: ces vers-là pourraient avoir été faits pour elle; elle a dix-huit ans, juste l'âge de Jane... Jane! je vais vendre ton portrait, ton portrait écrit de ma main; je vais trahir les mystères de ta beauté, révélés à moi seul, confiée à ma loyauté, à mon respect; je vais raconter les voluptés dont tu m'as enivré et vendre le beau vêtement d'amour et de poésie que je t'avais fait, pour qu'il aille couvrir le sein d'une autre! Ces éloges donnés à la sainte pureté de ton âme monteront comme une vaine fumée sur l'autel d'une divinité étrangère; et cette femme à qui j'aurai donné la rougeur de tes joues, la blancheur de tes mains, cette vaine idole que j'aurai parée de ta brune chevelure et d'un diadème d'or ciselé par mon génie, cette femme qui lira sans pudeur à ses amants et à ses confidentes les stances qui furent écrites pour toi, c'est une effrontée, c'est la femelle d'un courtisan, c'est ce qu'on devrait appeler une courtisane!--Non, je ne vendrai pas tes attraits et ta parure, ô ma Jane! simple fille qui m'aimas pour mon amour, et qui ne sais pas même ce que c'est qu'on poète. Tu me t'es pas enorgueillie de mes louanges, tu n'as pas compris mes vers; eh bien, je te les garderai. Un jour peut-être... dans le ciel, tu parleras ta langue des dieux!... et tu me répondras... ma pauvre Jane!... (L'horloge sonne minuit.) Déjà minuit!... et je n'ai rien fait encore, la fatigue m'accable déjà! Cette nuit sera-t-elle perdue comme les autres?.... non, il ne le faut pas... Je ne puis différer davantage.... Il ne me reste pas une guinée, et ma mère aura faim et froid demain si je dors cette nuit... J'ai faim moi-même... et le froid me gagne... Ah! je sens à peine ma plume entre mes doigts glacés... ma tête s'appesantit... Qu'ai-je donc?--Je n'ai rien fait et je suis éreinté!... mes yeux sont troublés... Est-ce que j aurais pleuré?... ma barbe est humide... Oui, voici des larmes sur les stances, à Jane... J'ai pleuré tout à l'heure en songeant à elle... Je ne m'en étais pas aperçu. Ah! tu as pleuré, misérable lâche? tu t'es énervé à te raconter ta douleur, quand tu pouvais l'écrire et gagner le pain de ta mère; et maintenant te voici épuisé comme une lampe vers le matin, te voici pâle comme la lune à son coucher... C'est la troisième nuit que tu emploies à marcher dans ta chambre, à tailler ta plume et à te frapper le front sur ces murs impitoyables! O rage! impuissance, agonie! (Se levant.) Mon courage, m'abandonnes-tu aussi, toi? Mes amis m'ont tourné le dos, mon génie s'est couché paresseux et insensible à l'aiguillon de la volonté, ma vie elle-même a semblé me quitter, mon sang s'est arrêté dans mes veines, et la souffrance de mes nerfs contractés m'a arraché des cris. Tout cela est arrivé souvent, trop souvent! Mais toi, ô courage! ô orgueil! fils de Dieu, père du génie, tu ne m'as jamais manqué encore. Tu as levé d'aussi lourds fardeaux, tu as traversé d'aussi horribles nuits, tu m'as retiré d'aussi noirs abîmes... Tu sais manier un fouet qui trouve encore du sang à faire couler de mes membres desséchés; prends ton arme et fustige mes os paresseux, enfonce ton éperon dans mon flanc appauvri...
    J'ai entendu gémir là-haut! sur ma tête!... c'est ma mère!... Elle souffre, elle a froid peut-être. J'ai mis mon manteau sur elle pour la réchauffer. Il ne me reste plus rien... Ah! mon pourpoint pour envelopper ses pieds. (Il monte dans la soupente et revient en chemise et en grelottant.)
    Froid maudit! ciel de glace!
    Cela se passe, je m'engourdis... si je pouvais composer quelque chose!.... Une bonne moquerie sur l'hiver et les frileux. (Sa voix s'affaiblit.) Une satire sur les nez rouges... (Une pause.) Une épigramme sur le nez de l'archevêque qui est toujours violet après souper... (Une pause.) Unes chanson, cela me réveillera; si je viens à bout de rire, je suis sauvé... Ah! le damné manteau de glace que minuit me colle sur les épaules!... rimons... charmante bise de décembre qui souffles sur mes tempes, inspire-moi... Monseigneur...Monseigneur de Cantorbery...
    (Une pause.) Est toujours vermeil après boire.,.
    Vermeil ne me plaît pas...
    Est toujours charmant...
    Charmant... hum!
    Est toujours superbe.. Est toujours superbe après boire...
    (Il s'endort et parle en dormant d'une voix confuse.)
    Monseigneur de Cantorbery...
    (Il s'endort tout à, fait.)
    [Illustration: Vous le voyez, mon cher ami, je me tue.., (Page 63.)]
    (Meg entre dans la chambre en tremblotant; elle est enveloppée à demi dans les couvertures de son lit, et se traîne le long des murs.)
    MEG.

     
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