Ah! vraiment! Je vous demande pardon; je vous prenais pour un certain Aldo... le rimeur, comme on dit dans la ville, et le barde, comme on dit à la cour. Vous avez peut-être entendu parler de lui? C'est un jeune homme qui n'est pas sans talent. ALDO. Je vous demande pardon, Monsieur; c'est un homme qui n'a pas plus de talent que vous et moi. TICKLE. Réellement? Eh bien, j'en suis fâché pour lui. Je venais lui offrir mes petits services. ALDO. Il vous offre les siens également; vous savez en quoi ils peuvent consister, puisque vous connaissez sa profession. Veuillez lui faire connaître la vôtre. TICKLE. Mais moi, vous voyez la mienne... je suis nain. ALDO. Et bouffon! Mais je ne vois pas jusqu'ici quels services Votre Seigneurie peut daigner offrir à un misérable poëte. TICKLE. Monsieur, tout petit que je suis, j'ai de très-larges poches à mon pourpoint; c'est une fantaisie que j'ai, et, par suite d'une fantaisie analogue, les poches dont j'ai l'honneur de vous parler sont toujours pleines d'or. ALDO. C'est une fantaisie comme une autre, et qui n'a rien de neuf. TICKLE. La vôtre me parait plus usée encore. ALDO. De quoi parlez-vous, Monsieur? de ma fantaisie ou de ma poche. TICKLE. Je parle de votre fantaisie, de votre poche, de votre bourse et de votre crédit. Croyez-moi, c'est une habitude de mauvais genre que de n'avoir pas le sou. Or donc, voulez-vous gagner de l'argent? vous en avez besoin. ALDO. Pas le moindre besoin, Monsieur, je vous jure. TICKLE. Vous êtes trop modeste. Je connais votre position, le dénûment de mistress Meg, votre mère, et son grand âge. Je connais votre activité, votre dévouement, votre grandeur d'âme. Je vous offre un gain légitime... Vous comprenez? Je ne viens pas faire ici le grand seigneur; je viens vous proposer un échange, un marché qui ne peut qu'augmenter votre gloire et vous mettra à même de secourir mistress Meg. ALDO. Voyons ce que c'est, Monsieur; voudriez-vous que je fisse monter une de vos jambes en flageolet, et me vendre l'autre pour en faire un porte-crayon? TICKLE. Je demande de vous quelque chose d'une moindre valeur que la plus chétive de mes jambes, je vous demande un petit drame de votre façon. ALDO. Pour qui, Monsieur? pour le théâtre de la reine? TICKLE. Pour moi, Monsieur. ALDO. Pour vous! et qu'en ferez-vous? vous n'aurez jamais la force de l'emporter! TICKLE. J'allégerai mes poches d'une partie de l'or qui les charge, et je prendrai votre manuscrit à la place. ALDO. Très-bien; et puis? TICKLE. Et puis l'ouvrage m'appartiendra. Je le publierai, je le ferai jouer sur le théâtre de la reine. ALDO. Sous quel nom, je vous prie? TICKLE.
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