Comme tu voudras. J'aime ton audace. Viens sur ma barque.
ALDO.
Madame, où me menez-vous?
AGANDECCA.
A la promenade.
ALDO. Votre promenade sera-t-elle longue?
LA REINE.
Que sais-je?
ACTE SECOND.
Dans une galerie du palais de la reine.
SCÈNE PREMIÈRE.
LA REINE, TICKLE.
LA REINE.
Nain, c'est assez, ce que vous me dites me fâche, et je ne veux pas entendre de mal de lui.
TICKLE.
Comment Votre Grâce peut-elle me supposer une si coupable intention! Le seigneur Aldo est un si grand poëte et un si noble cavalier!
LA REINE.
Oui, c'est le plus beau génie et le plus grand coeur! Je ne lui reproche qu'une chose, son invincible orgueil.
TICKLE.
Sous une apparence d'humilité, je sais qu'il cache une épouvantable ambition...
LA REINE.
Oh! mon Dieu, non! tu te trompes. Lui? il n'a que l'ambition d'être aimé.
TICKLE.
C'est une belle et touchante ambition!
LA REINE.
Mais aussi la sienne est insatiable et parfois fatigante. Un mot l'irrite, un regard l'effraie; il est jaloux d'une ombre; il n'y a pas de calme possible dans son amour.
TICKLE.
Cet amour-là est une tyrannie, une guerre à mort, un combat éternel!
LA REINE.
Tu ne sais ce que tu dis; c'est le plus doux et le meilleur des hommes. Je lui reproche, au contraire, de trop renfermer au dedans de lui les chagrins que je lui cause. Au lieu de s'en plaindre franchement, il les concentre, il les surmonte, et, avec toute cette résignation, tout ce courage, toute cette douceur, il dévore sa vie, il use son coeur, il est malheureux.
TICKLE.
Infortuné jeune homme! Votre Grâce devrait avoir plus de compassion, lui épargner...
LA REINE.
Mais de quoi se plaint-il, après tout? Son coeur est injuste, son esprit est plein de travers, d'inconséquences, de souffrances sans sujet et sans remède. Que puis-je faire pour un cerveau malade? Je l'aime de toute mon âme et lui épargne la douleur tant que je puis; mais le mal est en lui, et parfois, en le voyant marcher, pâle et sombre, à mes côtés, je l'ai pris pour l'ange de la douleur.
TICKLE.






